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À l’occasion du grand débat national, des résidents se sont réunis pour débattre sur des sujets de société. Ils ont exprimé une parole libre et des convictions souvent fortes. Preuve, s’il en était besoin, que les résidents sont des citoyens comme les autres ! Retour d’expérience aux Mazets de l'Argilier (Gard) et à Sainte Elisabeth (Lyon).

« Ce n’est pas parce qu’on est vieux qu’on a rien à dire »

Une parole libre

À Sainte Elisabeth, les résidents avaient choisi de parler de transition écologique et de démocratie. « Certains résidents avaient préparé leurs interventions. Par exemple, l’un d’eux a demandé à l’animatrice de vérifier sur internet les projets de lois pour avoir des propositions précises et justes » indique la directrice. « Nous avons fait le choix de ne pas ouvrir le débat aux familles ou à d’autres personnes de la commune, après avoir hésité : nous souhaitions entendre et recueillir les idées des résidents, qui ont parfois tendance à laisser la parole à leurs proches lorsqu’ils sont présents ».

« L’énergie était incroyable. On aurait pu refaire le monde pendant longtemps ! » souligne la directrice. L’objectif a été atteint : « nous avons eu la preuve que les personnes âgées souhaitent s’investir en tant que citoyen, même sur des sujets qui ne les concernent plus directement. La parole a vraiment été libre, et les idées nombreuses ».

« Ce n’est pas parce qu’on est vieux qu’on a plus rien à dire »

Être citoyen, c’est être en capacité de s’exprimer et d’être entendu. Aux Mazets de l’Argilier, le débat était co-animé avec le Cercle Vulnérabilité et société. Les résidents estiment qu’« on doit pouvoir faire entendre sa voix, dire ce qui va ou ne va pas », « Tout le monde ne veut pas s’exprimer, mais ceux qui veulent doivent pouvoir le faire ».

Être citoyen, c’est faire partie d’une communauté : « on est citoyen à plusieurs, pas tout seul », « la citoyenneté, c’est vivre ensemble : si on s’exclut de la communauté, on ne peut pas être citoyen ». La citoyenneté, c’est aussi avoir des codes partagés : politesse, écoute, considération et dialogue. Les résidents mettent en avant leur droit d’expression : « Ce n’est pas parce qu’on est vieux qu’on n’a plus rien à dire ou apprendre, et même chose pour les jeunes ».

Des personnes âgées soucieuses du devenir des jeunes

Aux Mazets de l’Argilier, les résidents ont fait trois propositions. La première est de rétablir le service militaire pour tous sur une période de six mois afin de restaurer l’autorité. Ensuite, il faut aider les jeunes qui n’ont pas de travail en mettant à leur disposition des outils utiles à l’insertion comme le permis de conduire. Le débat a mis en lumière le sujet de la motivation : « Quand on fait ce qu’on aime, on travaille », c’est pourquoi favoriser une meilleure orientation à la sortie de l’école est indispensable.

Pour soutenir les parents dans leur rôle, les résidents ont estimé nécessaire de diffuser des bonnes pratiques d’éducation à travers des guides et de favoriser l’accompagnement individuel des familles. Proposer un « défraiement de parent au foyer » permettrait de favoriser la présence d’un des parents le plus longtemps possible au domicile.

Pour que les pouvoirs publics traitent le sujet des incivilités, les résidents ont souligné que l’Éducation Nationale devrait avoir plus de moyens. Il faut habituer les enfants à être civils et citoyens dès le plus jeune âge afin que cela devienne un automatisme.

Le travail et le progrès

À Aubais, les résidents ont souligné l’importance de remettre la valeur du travail au centre de tout. L’idée de progrès a, elle, été questionnée : il est important de différencier le bon progrès comme celui qui fait avancer la condition des femmes dans la société, du progrès plus douteux : « ça n’a pas de sens d’aller d’investir des sommes folles pour aller dans les étoiles alors que les gens meurent de faim sur la terre ».

À Lyon, les résidents ont réfléchi sur l’écologie. Ils ont proposé d’augmenter la part du photovoltaïque et de l’énergie verte dans les consommations, d’en finir avec l’obsolescence programmée des appareils électriques, d’aider les entreprises de recyclage. Ils se sont penchés sur les actions qui pourraient être mises en place dans leur l’établissement : recycler le verre, fermer le robinet pendant les toilettes, éviter le gaspillage alimentaire…« Nous prenons en compte les remarques qui ont été faites pour nous améliorer dès maintenant : par exemple, nous avons demandé à avoir un container pour trier le verre, en plus de celui des cartons que nous avons à chaque étage. Nous avons également fait une demande pour recevoir un bac à compost » précise la directrice de Sainte Elisabeth.

Écouter et rendre compte

Aux Mazets de l’Argilier, les participants ont insisté sur la nécessité « d’inverser la pyramide du pouvoir » pour faire valoir la parole des citoyens. Le pouvoir est jugé comme étant déconnecté de la vie quotidienne : il faudrait « avoir plus de représentation locale et diminuer le nombre de députés ». Les mairies ont trop de travail mais pas assez de pouvoir décisionnaire.

Les résidents s’accordent sur l’idée de rendre le vote obligatoire, de comptabiliser le vote blanc et de faire de nouvelles élections si le taux de vote blanc est supérieur à 50%. Il serait important aussi de systématiser des bilans d’action politique à mi-mandat : « on prête le pouvoir à nos élus, on ne leur donne pas », souligne un participant. Les salariés, quant à eux, pensent que l’État doit « arrêter de mentir aux citoyens » en montrant l’exemple ; « les responsables devraient présenter des casiers judiciaires vierges par exemple ».

Les propositions des résidents ont été transmises à l’État via le site du grand débat. Les échanges ont aussi mis en valeur les choses qui vont bien en France, notamment le système de santé et de retraite ainsi que... les EHPAD. Les résidents ont voulu souligner que les établissements accueillant des personnes âgées ont fait beaucoup de progrès depuis qu'ils existent. Une manière de dire « stop à l’EHPAD bashing » ?!