Pr Claude Jeandel

L’IDEC (encardant d'unité de soins, appelé également infirmier coordinateur ou responsable infirmier) est un maillon essentiel au bon fonctionnement de l’EHPAD. Pr Claude Jeandel, membre du Directoire de la Fondation Partage et Vie, évoque ses missions et les évolutions du métier.

Etre IDEC aujourd’hui : Interview du Pr Jeandel

Le secteur des EHPAD fait face à des évolutions importantes. En quoi cela touche le métier de l’IDEC ?

Pr Jeandel : Nous sommes dans un changement de paradigme qui nous est dicté par l’évolution de la société, et en particulier par une double transition : la transition démographique avec le doublement d’ici 2040 du nombre de personnes âgées et dépendantes, et la transition épidémiologique des maladies, qui caractérise les sociétés à haut niveau de développement. Cela va de pair avec l’augmentation de l’espérance de vie : plus on vit longtemps, plus on est à risque de développer l’ensemble des maladies. Cette transition fait que nous sommes confrontés à des personnes qui présentent des maladies chroniques incapacitantes, première cause de dépendance, l’archétype étant la maladie d’Alzheimer.

En conséquence, les besoins des résidents en EHPAD évoluent. L’équipe médico-soignante de l’EHPAD a un rôle capital pour répondre à ces besoins, et particulièrement le binôme constitué par le médecin-coordonnateur et l’IDEC. Ces fonctions ont-elles trouvé leur juste place ? On peut en douter parfois. Les IDEC sont sans doute trop souvent accaparées par des tâches administratives. Or leur rôle va bien au-delà.

Comment voyez-vous le rôle de l’IDEC ?

Pr Jeandel : L’IDEC fait partie d’un trinôme essentiel au bon fonctionnement de l’EHPAD : le Directeur d’établissement, le médecin coordonnateur et l’IDEC. L’IDEC, qui est présente à temps plein, à la différence du médecin coordonnateur, a vocation à manager les équipes soignantes : infirmier(e)s, aides-soignant(e)s, aides médico-psychologiques, agents de soin, en particulier. Elle est beaucoup dans le travail collaboratif et dans la relation avec les partenaires extérieurs, en particulier les équipes mobiles de gériatrie, de soins palliatifs, l’HAD. Elle a un rôle dans les explications à donner aux familles en matière de projet de soin et projet de vie. Sa contribution est donc essentielle pour la bonne prise en soin des personnes âgées en EHPAD.

L’IDEC est confrontée à la fragilité des résidents, des familles, aux difficultés des équipes. Elle doit être capable de désamorcer des conflits. Elle a une place importante dans certains sujets majeurs : le circuit du médicament et les CPOM, pour lesquels elle intervient dans l'évaluation des GMP-PMP. Elle est aussi partie prenante de la démarche qualité et de la gestion des risques.

Exercer en EHPAD est un métier à part entière, différent de ceux qui exercent en ville ou à l’hôpital. En effet, l’EHPAD est à la fois un lieu de soin et un lieu de vie. C’est toute la difficulté mais aussi je dirais la beauté de ce métier d’IDEC.

Comment la Fondation Partage et Vie se positionne ?

Pr Jeandel : Nous engageons actuellement une démarche structurante qui vise à renforcer le pilier soignant de l’EHPAD : nous travaillons au référentiel du métier d’IDEC au sein de la Fondation afin de le faire évoluer. Notre objectif est de mieux positionner le métier au sein de nos établissements, en précisant notamment ses missions. Nous nous inspirons en cela des missions définies pour le médecin coordonnateur. C’est la même méthodologie. Un référentiel rénové permettra aussi de mieux définir les contenus de formation nécessaires pour faire mener à bien les missions telles qu’elles auront été définies.

Par ailleurs, je crois nécessaire que les IDEC, qui sont seules dans leur fonction au sein de l’EHPAD, puissent échanger sur leurs pratiques : dans le cadre des nouveaux CPOM par exemple, lorsqu’ils réunissent plusieurs établissements de la Fondation ; dans le cadre du trinôme constitué avec le directeur d’établissement et médecin coordonnateur. Il doit y avoir un temps d’échange spécifique, qui n’a pas besoin d’être long, mais qui est régulier et en complément du CODIR de l’établissement.

Le secteur des EHPAD évolue, les métiers évoluent. Tous les acteurs du secteur le constatent. Dans le cadre de la réflexion sur l’EHPAD de demain, cela en fait partie. Nous sommes prêts à partager avec les autorités publiques notre travail une fois abouti. Cela contribuera à la nécessaire reconnaissance des professionnels dans l’exercice de leurs missions. Cela permettra de mieux répondre aux besoins en soins des personnes en EHPAD.