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À la MAS Clément Wurtz les résidents sont invités à participer à un atelier original qui conjugue musicothérapie et ostéopathie.

Musique et ostéopathie

Des corps fragiles

La maison d’accueil spécialisée Clément Wurtz, située à Paris, dispose d’une unité dédiée à l’accompagnement de personnes polyhandicapées. Les résidents peuvent souffrir de troubles posturaux et musculaires, de troubles somatiques touchant le système respiratoire, de troubles digestifs et d’élimination. À cela peuvent s’ajouter des troubles du sommeil et de l’anxiété. Dans la plupart des cas, la communication verbale est restreinte. Au quotidien, le défi des soignants est de repérer les difficultés et d’essayer d’y remédier, ou du moins de les diminuer. Depuis deux ans, un animateur socio-éducatif et un kinésithérapeute de la MAS ont décidé de faire équipe, trois matinées par semaine. Le premier possède une solide expérience en musicothérapie, le second est diplômé en ostéopathie. Ensemble, ils ont mis au point un atelier d’un genre nouveau qui mêle les deux disciplines.

Des corps qu’on stimule

L’ostéopathie est particulièrement adaptée pour traiter les troubles dont souffrent les personnes polyhandicapées. « Les résidents ne sont pas forcément en mesure d’expliquer ce qui les gêne, précise l’animateur. Grâce à l’observation du corps et à une palpation fine, je m’emploie à déceler les tensions qui causent des douleurs puis je procède à des manipulations afin de rétablir l’équilibre. J’améliore le confort des résidents en ciblant les troubles fonctionnels. »

L’idée d’associer la musique à l’ostéopathie est venue de l'animateur. « Je dispose d’une formation complémentaire en psychophonie, une thérapie qui repose sur le principe qu’il existe des correspondances vibratoires entre les différentes tonalités et le corps humain. Chaque son crée une vibration sur une partie du corps bien définie. Pour schématiser, disons que les notes hautes vont résonner dans les parties supérieures (le larynx, les poumons…) et les notes basses, dans les parties inférieures (les voies intestinales). » La musique va venir stimuler, au même titre que le geste ostéopathique, les parties du corps douloureuses ou bloquées. « Par exemple, l’une de nos résidentes a sa colonne vertébrale très déformée. Certains matins, sa respiration va être très difficile. Tandis que Jean-Pierre va libérer les muscles respiratoires grâce à ses manipulations, moi, je vais aussi faire vibrer cette zone-là à l’aide d’un instrument à vent, de manière à dégager le diaphragme et libérer le souffle. J’improvise des musiques en gamme qui vont accompagner le geste. » Le kinésithérapeute  confirme : « Les sons ont une incidence directe sur le corps. J’arrive à sentir les modifications induites par la musique sur les organes. Elle accélère par exemple le relâchement neuromusculaire. En agissant de concert, on décuple les effets de nos soins. »

Des corps qu’on libère

Cet atelier apporte un bien-être physique incontestable aux personnes qui en bénéficient. Mais il va également influer sur leur bien-être psychique. Le duo s’occupe des résidents au fur et à mesure qu’ils arrivent dans la salle de vie, une fois leur toilette terminée. Ils privilégient les rythmes calmes en début de séance. Puis, progressivement, la musique va se faire de plus en plus tonique, joyeuse et groupale. Libérés dans leur corps, les résidents vont extérioriser davantage leurs ressentis, leurs émotions. La musique est un formidable moyen de communication. Des résidents qui peuvent être mutiques vont retrouver des couleurs et se mettre à rire ou à chanter. « Nous avons une jeune femme qui a de grosses difficultés de langage et est très peu autonome, raconte Pierre. Depuis qu’elle suit cet atelier, elle a gagné en prononciation et arrive à se faire de mieux en mieux comprendre. Et elle chante ! Sa chanson préférée est Hallelujah de Léonard Cohen. Elle demande souvent à ce que l’on joue cette chanson-là quand le kiné s’occupe d’elle. Et ce qui est merveilleux, c’est qu’elle pousse l’entourage à chanter avec elle. »

Ces ateliers sont très attendus par les résidents, car ils apportent un mieux-être immédiat et les bienfaits se font ressentir tout au long de la journée. La méthode n’est pas encore très connue ni répandue.