visuel 1

Myriam El Khomri est venue visiter l’ASAPAD, le service à domicile de la Fondation Partage et Vie dans le Douaisis (Nord) qui intervient auprès de personnes âgées et ou en situation de handicap. Depuis janvier, six équipes d’auxiliaires de vie à domicile expérimentent une nouvelle organisation sur la base du modèle inventé au Pays-Bas.

Myriam El Khomri s’intéresse à l’expérimentation Buurtzorg

Pourquoi expérimenter Buurtzorg ?

Pour la directrice de l'ASAPAD, une évolution de l’organisation des équipes à domicile s’imposait : « Sur le terrain, les auxiliaires avaient le sentiment d’être les exécutantes d’un planning fait par d’autres et qui génère beaucoup de déplacements. L’équipe administrative, travaillait dans l’urgence à « boucher les trous » du planning du fait des absences ». Le modèle Buurtzorg est un véritable changement : avant, les auxiliaires de vie travaillaient seules, maintenant elles gèrent leur planning, elles doivent s’arranger entre elles en cas d’absence, communiquer très régulièrement. Il n’y a pas de chef dans l’équipe, le travail s’organise selon un principe d’égalité. Actuellement, six équipes d’auxiliaires de vie ont été constituées.

Les premiers résultats

Les équipes engagées dans le processus déclarent travailler dans une plus grande sérénité. L’autonomie donnée est très appréciée. Les auxiliaires de vie ont développé de la convivialité entre elles, se sentent soutenues par leurs collègues et ont le sentiment de faire équipe. Autre résultat, et non des moindres, les temps de trajets ont diminué de moitié. Dans les équipes pilote, le taux d’absentéisme a fortement diminué. La satisfaction des bénéficiaires, après un premier temps d’inquiétude, a immédiatement augmenté. Les appels téléphoniques d’insatisfaction sont quasi inexistants aujourd’hui. La nouvelle organisation répond à leur premier besoin qui est la stabilité des intervenantes. L’équipe projet travaille aujourd’hui à mettre en place un indicateur simple et fréquent de satisfaction.

La CNSA et le Département du Nord, partenaires

L’intérêt de l’expérimentation a été relevé par Geneviève Mannarino, Vice-Présidente du Conseil Départemental du Nord en charge de l’Autonomie et la directrice de la CNSA (Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie), Virginie Magnant qui ont fait le déplacement à l’ASAPAD pour échanger avec les auxiliaires de vie, les bénéficiaires et l’équipe encadrante.

Pour Zéphir, 87 ans et bénéficiaire de l’ASAPAD, le changement est positif : « Il y a une régularité des intervenantes et elles sont ponctuelles. Mes soins sont à 8 heures ; avant elles pouvaient arriver à 8h15 ou 8h20 ! Parfois, j’ai refusé qu’elles interviennent parce qu’il y avait du retard. Maintenant, elles se débrouillent entre elles pour être à l’heure. Et elles sont moins stressées. J’apprécie ! »

Même retour pour Alda, auxiliaire de vie, dresse un bilan très positif : « Je voulais changer de toute façon : j’avais trop de déplacements, trop de changements de bénéficiaires. Il fallait créer du lien entre collègues, se montrer à la hauteur, ne pas décevoir. Nous avons démarré chacune avec de nouveaux bénéficiaires. Il fallait se faire accepter par eux. Buurtzorg est une expérience formidable, je ne voudrais pas revenir en arrière ! C’est un peu comme une nouvelle vie professionnelle qui démarre. Avant, je travaillais seule. Maintenant, on est entre collègues, il y a quelque chose qui se passe. »

L’attractivité des métiers du grand-âge

Confiée par la Ministre de la Santé, la mission El Khomri fait le constat des difficultés du secteur. 830.000 équivalents temps plein travaillent actuellement auprès des personnes âgées en perte d’autonomie, en EHPAD ou à domicile. Ce nombre devrait augmenter d’environ 20% d’ici 2030, sans tenir compte des hausses d’effectifs qui seront nécessaires pour améliorer la qualité des prises en charge. Pour les plus de 85 ans, le ministère de la Santé projette en effet que leur nombre pourrait passer d’1,4 million aujourd’hui à 5 millions d’ici 2060. Des premières orientations seront présentées à l’automne, mais le travail se poursuivra sur un temps long, l’objectif étant de proposer un mode d’organisation pérenne pour que le sujet des métiers du grand-âge soit mieux piloté, en concertation avec toutes les parties prenantes concernées.