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Faire du jardinage en maison de retraite…C’est possible ! Les jardins thérapeutiques offrent des installations adaptées à la mobilité de chacun. Retour sur plusieurs exemples à la Fondation.

Des jardins au service du soin

Un jardin…mais thérapeutique

Les bienfaits du jardinage sur la santé sont connus : réduction du stress, travail des muscles, plus de vitamine D grâce au soleil… Pour profiter de ce bien-être, de plus en plus d’établissements proposent aux résidents des jardins thérapeutiques. Leur particularité : que tous les résidents, quel que soit leur degré de mobilité, puissent en bénéficier.

« Pour rendre thérapeutique notre jardin et que tous nos résidents puissent y accéder, les bacs sont adaptés, avec plusieurs hauteurs disponibles, pour jardiner en étant assis ou debout. Ils sont également accessibles aux personnes à mobilité réduite, qui peuvent en profiter en étant dans leur fauteuil roulant. » explique Lorène Grange, directrice Au Rivage, à Roanne (Loire). « Au moment de sa création, nous avons décidé de rendre le jardin autonome, avec un système d’arrosage automatique écologique. Cela permet aux résidents de profiter de l’espace tout en ne s’occupant pas des tâches fastidieuses. »

Claire Jomaux est ergothérapeute à L’Arc-en-Ciel, à Tullins (Isère). « L’adaptation aux personnes en situation de handicap est primordiale. La hauteur des bacs est adaptée pour permettre à chacun de faire l’activité, y compris les personnes à mobilité réduite. La terrasse qui accueille le jardin a été conçue pour eux. L’entretien du jardin se fait ensemble : volontairement, nous n’avons pas installé d’arrosage automatique, l’objectif est de sensibiliser chacun à l’entretien du jardin. C’est une tâche qui est perçue comme signifiante par les résidents. Notre jardin fait vivre l’établissement : nous y faisons pousser des plantes aromatiques, qui sont utilisées dans les plats, ainsi qu’un jardin à tisane pour l’hiver. Nous avons une production en toute saison ».

Reproduire des actes de la vie quotidienne

Le jardin thérapeutique n’est pas qu’un lieu de contemplation, c’est un lieu d’activités : il permet de reproduire des gestes que les personnes âgées avaient l’habitude de faire chez elles. Le jardin est une part de leur identité, il permet d’établir une relation sensible dans le temps et dans l’espace. Les odeurs, les couleurs, les odeurs…tout cela avive les perceptions et la mémoire. Il permet également une stimulation physique et favorise le lien social.

Claire Jomaux précise : « avant de se lancer dans ce projet, il faut prendre en compte les besoins des résidents. Nous avons fait des points en équipe, puis avec les résidents. Notre objectif était de rendre cet espace le plus inclusif possible, sans mettre des résidents en défaut si jardiner n’était pas une habitude. » Même son de cloche Au Rivage : Lorène Grange a sondé les équipes et les résidents avant de se lancer dans la création de son jardin : « notre établissement est situé en zone rurale, presque tous les résidents vivaient dans un pavillon avec un jardin. »

Travailler en équipe et s’entourer

Au Rivage, tout est parti du parc, comme l’explique Lorène Grange : « notre établissement possède un grand parc, qui était peu utilisé. Nous souhaitions l’optimiser pour permettre aux résidents de profiter davantage de cet espace extérieur, tout en proposant une activité différente. Nous souhaitions réinvestir notre extérieur et amener les résidents à sortir davantage. Pour mener à bien ce projet, nous avons répondu à un appel à projets. Nous avons été soutenus par plusieurs partenaires, ce qui nous a permis de collecter 30 000 euros ». Le projet a mis un an à voir le jour, mais cela en valait la peine : « le jardin a été pensé en équipe. Nous avons réussi à en faire un lieu de convivialité et de rencontres, utilisé avec les résidents qui entretiennent le jardin, mais aussi avec les familles quand elles viennent voir leur proche. Nous y avons installé des bancs et des pergolas, pour en profiter quel que soit la météo. Le jardin est situé devant l’établissement, ce qui permet de nous ouvrir vers l’extérieur : alors qu’avant les résidents n’étaient qu’à l’intérieur, ils peuvent maintenant saluer les passants. Et un autre point positif : le jardin est visible depuis les chambres et les espaces communs : la vue est ainsi plus belle, on profite même à l’intérieur ! ».

À L’Arc-en-Ciel, le projet du jardin thérapeutique était associé à celui du PASA et il a été financé en même temps par des partenaires, et grâce à l’appel à projets internes de la Fondation « Inn’osez ».

L’hortithérapie

Pour Claire Jomaux, les bienfaits sur les résidents sont indéniables : « depuis l’installation du jardin, on remarque une réduction des troubles du comportement chez certains résidents. En se concentrant sur une tâche concrète, qui a du sens, les troubles du cognitifs et du comportement sont moins exacerbés. Les personnes désorientées ont des repères dans le temps, grâce aux saisons. »

Le jardinage est reconnu pour ses vertus relaxantes. Cela serait dû notamment à Mycobacterium vaccae, une bactérie non pathogène qui se trouve dans la terre et a la particularité de stimuler la production de sérotonine, fameuse hormone du bonheur. Jardiner permet de lutter naturellement contre la dépression ou le stress. Plusieurs études se sont penchées sur ces bienfaits : en 1982, un article publié dans la revue "Science" avait mis en évidence que des patients se remettaient plus rapidement après une opération, avec moins d'analgésiques, en se sentant plus sereins dès lors que leur fenêtre donnait sur un paysage naturel. En 1986, Ulrich et Simons, ont démontré que la vue des plantes diminuait les symptômes physiologiques liés au stress (baisse de la tension musculaire et de la pression artérielle, rééquilibrage du rythme cardiaque…). L’hortithérapie fait partie des interventions non-médicamenteuses.



Les catégories d’interventions non médicamenteuses

Interventions sur l’environnement

- Jardins thérapeutiques ou hortithérapie
- Zoothérapie : activités assistées (AAA), interventions pédagogiques (IPAA), thérapies assistées par l’animal (IAA)

Approches sensorielles

- Musicothérapie (active, réceptive)
- Aromathérapie
- Snoezelen
- Luminothérapie

Approches de stimulation cognitive (démences « stades non sévères »)

Approches psycho-sociales

- Interaction sociale ou prise en charge individuelle
- Thérapie par réminiscence
- Jeux ou ateliers de loisir
- Art-thérapie
- Méthode Montessori

Gérontechnologies (robots, jeux vidéo…)

L’efficacité de ces techniques est :

- variable selon le symptôme cible
- serait plus importante quand il s’agit d’actions individuelles (et non collectives)
- si plusieurs types d’interventions sont combinés
- et si les soignants accompagnants sont formés de façon spécifique aux types d’activités

Source : intervention du Pr Jeandel à la Convention de la Fondation