Visuel

Deuxième volet de notre série consacrée aux programmes d’éducation thérapeutique dans nos établissements sanitaires : après la « lombalgie chronique », focus sur l’action menée par le CSSR La Valériane en Martinique.

Éducation thérapeutique du patient et prise en charge de l’obésité

Le CSSR La Valériane a fait le choix de l’éducation thérapeutique pour accompagner certains de ses patients. « On ne le dit pas assez, mais l’obésité est une maladie chronique, explique la cadre de santé, coordinatrice des programmes d’ETP développés au centre. Elle peut avoir des répercussions importantes sur la qualité de vie (diabète, maladies cardiovasculaires, arthrose…). Sa prise en charge repose sur une modification profonde des comportements alimentaires et des habitudes de vie. En accordant une place prépondérante au patient en tant qu’acteur de sa santé, l’ETP constitue une méthode appropriée pour soigner les personnes souffrant de cette pathologie. Nous avons développé des programmes pour les adultes et pour les enfants. »

Le CSSR La Valériane est un établissement sanitaire spécialisé dans trois secteurs : les soins nutritionnels et métaboliques pour adultes, adolescents et enfants ; les soins de suite polyvalents ; les soins de suite à orientation psychiatrique. L’activité soins de suite nutritionnels et métaboliques répond à une priorité de santé publique dans la région. Alors que la moyenne nationale est de 15 % d’adultes obèses, elle est de 27 % en Martinique.

 

Régularité et assiduité, les clés de la réussite

Deux programmes pour adultes sont proposés. Le premier est réservé aux personnes qui ont besoin de suivre une éducation nutritionnelle pour des raisons de surpoids, d’obésité ou de diabète. Le second accueille les personnes sortant de chirurgie bariatrique (sleeve-gastrectomie, by-pass…). Chaque programme présente un volet d’initiation en hospitalisation complète et un volet de consolidation en hôpital de jour.

Le volet d’initiation dure 21 jours. Un bilan médical, physique, psychologique et diététique est effectué par une équipe pluridisciplinaire à l’entrée du patient. Le programme éducatif proposé est très complet. Des ateliers sur les groupes d’aliments, l’élaboration des menus, la gestion du grignotage ainsi que des cours de cuisine sont animés par la diététicienne. La psychologue propose des groupes de parole, des ateliers de bien-être et d’affirmation de soi. Un professeur de yoga intervient sur des ateliers de respiration abdominale dans le cadre de la gestion du stress. Une aide-soignante forme les patients à l’automassage. Un atelier de coaching « défi santé » est assuré par la pharmacienne de l’établissement qui est aussi professeur de Programmation neurolinguistique… Les patients apprennent également à reprendre une activité physique sportive régulière. Tous les ateliers ont lieu en groupe, ce qui constitue un facteur de motivation important.

Ensuite, les patients se voient proposer d’intégrer un volet dit de consolidation. « Celui-ci n’est pas obligatoire. Mais la vraie difficulté des personnes souffrant d’obésité, c’est de continuer à appliquer chez elles, les bonnes pratiques acquises lors du séjour en hospitalisation complète. Sans une aide extérieure, ça reste très difficile d’y parvenir. Le volet de consolidation se déploie sur 12 mois, à raison d’une séance de 5 heures par mois durant laquelle les personnes bénéficient de consultations individuelles, d’ateliers d’éducation complémentaires, d’un suivi de l’évolution du poids et des mesures anthropométriques… La régularité et l’assiduité sont les clés de la réussite du programme. Et c’est loin d’être gagné. Le quotidien reprend vite ses droits : on manque un rendez-vous puis le suivant, la démotivation guette. Quand un patient ne vient pas à sa séance, notre secrétaire médicale, elle aussi formée à l’ETP, l’appelle pour en comprendre les raisons, le remotiver, trouver avec lui les solutions pour poursuivre le programme. Elle va même jusqu’à essayer d’organiser du covoiturage pour faciliter les déplacements des patients. »

 

« J’ai compris que si je ne le faisais pas pour moi, personne ne le ferait »

On estime à 60 % le taux de réussite de ces programmes pour adultes, ce qui est satisfaisant et au-delà des résultats que les patients obtiendraient seuls en faisant un régime. Pour la cadre de santé, tout est histoire de déclic : « À leur arrivée, les patients sont très axés sur les chiffres et demandent combien de kilos ils vont perdre. Mais au fil des jours, ils comprennent que c’est d’hygiène de vie qu’il s’agit. On leur apprend à prendre soin d’eux et ils ressentent très vite les bienfaits de la reprise d’une activité physique et d’une alimentation équilibrée. Nombreux sont ceux qui me disent se sentir mieux dans leur corps et dans leur tête dès la première semaine de programme. C’est une première victoire. »

Sylvie, qui a participé au programme pour des raisons de diabète témoigne : « Je suis arrivée au centre sans grande conviction. J’étais notamment très réfractaire à l’idée de reprendre le sport. Mais aujourd’hui, je ne pourrais plus m’en passer. J’ai fini par comprendre que si je ne faisais pas cela pour moi, personne ne le ferait. Les équipes sont formidables, à l’écoute. On ne nous force à rien. On nous apprend à voir les choses autrement. Et ça marche : j’ai perdu mes mauvaises habitudes. Mon taux glycémique, très haut il y a un an, est en train de revenir à la normale. Aujourd’hui, je suis les réunions mensuelles qui m’apportent beaucoup. J’ai connu récemment quelques difficultés personnelles et l’on m’a aidée à réajuster mon programme pour ne pas abandonner. J’ai trouvé à La Valériane tout ce dont j’avais besoin. »

 

Une équipe soudée autour du patient

Le CSSR La Valériane a fait le choix de former un grand nombre de ses salariés à l’ETP parce que tous les collaborateurs ont un rôle à jouer dans le programme : médecins, diététiciens, psychologues, éducateurs en APA, infirmiers, cadre de santé, mais aussi secrétaire, podologue, kinésithérapeute, aides-soignants… L’éducation thérapeutique ne s’arrête pas à la porte des ateliers. Elle est l’affaire de tous, au quotidien. Les patients doivent pouvoir bénéficier de la même qualité de prise en charge, quelle que soit la personne à laquelle ils s’adressent. C’est cette approche interdisciplinaire qui fait la force du programme. « L’un de mes challenges, en tant que coordinatrice, est de décloisonner les pratiques et de veiller à préserver cette dynamique commune de travail au service du patient. »