ITW DMonneron

France Télévision a sollicité la Fondation pour son journal télévisé. Le sujet était le financement par les personnes âgées de leur séjour en maison de retraite. Les Dames Blanches à Yvetot (Seine Maritime) ont accueilli les journalistes et trois résidents se sont prêtés avec sincérité et justesse à l’exercice de l’interview. Dominique Monneron a également donné le point de vue de la Fondation sur ce sujet complexe.

Etre solidaire pour financer la dépendance

France Télévision a sollicité la Fondation pour son journal télévisé. Le sujet était le financement par les personnes âgées de leur séjour en maison de retraite. A l’occasion de la publication des chiffres de la dépendance par la DREES, les journalistes ont souhaité recueillir des témoignages concrets. Les Dames Blanches à Yvetot (Seine Maritime) ont accueilli les journalistes et trois résidents se sont prêtés avec sincérité et justesse à l’exercice de l’interview. Dominique Monneron a également donné le point de vue de la Fondation sur ce sujet complexe.

Retrouvez l’intégralité du propos de Dominique Monneron, Président du Directoire de la Fondation.

Question : En quelques mots, pouvez-vous nous dire combien coûte un séjour dans un EHPAD ?

Dominique Monneron : Le plus simple est de prendre le prix de journée. Aux Dames Blanches il est de 104 euros. Sur ce total, 31€ sont pris en charge par la sécurité sociale au titre des soins ; 13€ sont pris en charge par le département au titre de l’aide sociale et de l’aide à la dépendance, et 60€ sont payés par les résidents.

Question : Cela fait un total mensuel de 2000 euros. Souvent, s’il y a des personnes avec des petites retraites, je suppose qu’il y a des difficultés pour financer cela ?

Dominique Monneron : Effectivement, c’est tout l’enjeu de l’EHPAD. Etre dans un EHPAD c’est comme être à l’hôtel 24h/24, 7jour/7 et 30 jours par mois. Le coût que vous mentionnez, c’est 30 jours à 60€. La difficulté, c’est qu’en face de cela, nous avons des résidents avec des revenus qui sont divers en fonction du niveau de leur retraite. Dans certains cas ils ne suffisent pas à financer ces 2000 euros par mois.

Question : Comment font-ils dans ces cas-là ?

Dominique Monneron : face à cette situation, il y a plusieurs solutions. La meilleure évidemment est celle où vous avez une retraite, ou des revenus par ailleurs, qui vous permettent de payer les 2000€ par mois. Si ce n’est pas le cas, l’autre solution est d’avoir recours à l’aide sociale du département. Dans ce cadre, le département va prendre en charge votre facture de 2000€. En contrepartie, il prend la quasi-totalité de vos ressources, il vous laisse 10% de vos ressources. Le département prend également ce qu’on appelle un gage successoral qui lui permettra de se rembourser des sommes qu’il a avancées sur votre succession. Beaucoup de gens renoncent à utiliser ce dispositif de l’aide sociale, parce qu’ils veulent transmettre quelque chose à leurs enfants. La troisième solution est d’utiliser ses économies. Les personnes utilisent ces économies à ce moment-là, pour la dépendance ; s’ils n’ont pas d‘économies et qu’ils ont une propriété immobilière - c’est un exemple que vous avez vu aujourd’hui dans l’établissement – les personnes peuvent vendre leur maison pour financer leur séjour en EHPAD.

Question : Il arrive aussi qu’une famille prenne en charge ?

Dominique Monneron : Il arrive que les familles prennent en charge ; il arrive que les enfants, lorsqu’ils peuvent contribuer, le fassent. Il y a d’ailleurs une obligation légale qui s’appelle l’obligation alimentaire. Le vrai sujet est celui de la durée moyenne d’un séjour en EHPAD, de l’ordre de 2 ans et demi. Le prix de 2000€ par mois dont nous parlons revient à dire que le coût du séjour en EHPAD est en moyenne en France de 80 à 100 000 euros. Comment finance-t-on ce coût ? Si on a les revenus pour le faire, tout va bien ; si on n’a pas les revenus, on est face à une vraie difficulté. Et cette difficulté porte sur une inégalité et une injustice. L’inégalité, ce sont les inégalités de retraite, de patrimoine, donc vous savez qu’elles sont plus fortes que les inégalités de revenus. L’injustice, c’est que seule 1 personne sur 5 aura besoin d’avoir recours à l’EHPAD. Je pense donc que nous devrions être dans une logique de plus grande mutualisation. Le risque d’hébergement est aujourd’hui un risque individualisé : on se débrouille tout seul avec ses ressources et son patrimoine, ses enfants le cas échéant, pour financer son séjour. Ce risque n’arrivera pas à tout le monde : nous devrions être solidaires.

Une solution de type assurance permettrait de faire que chacun épargnerait environ 20 000€ (correspondant à la probabilité de 1 sur 5 par rapport à la dépense de 100 000€) sur toute sa vie professionnelle pour financer le risque qu’il doive un jour séjourner en EHPAD, si c’est la seule solution pour être bien traité. Rappelons au passage que l’EHPAD est une solution de bientraitance, contrairement à ce qui peut se dire parfois. Cette solution d’assurance est rationnelle. Malheureusement peu de gens y ont recours de façon volontaire. On s’assure quand on commence à savoir que le risque va se présenter et là, vous ne trouvez jamais un assureur pour le faire. C’est pour cela qu’une solution d’assurance obligatoire me paraît vraiment nécessaire, de la même manière que l’on doit avoir une mutuelle complémentaire dans le domaine de la santé. Après, savoir si cette assurance doit être publique ou privée, c’est un autre sujet. Généraliser l’assurance hébergement est à mon avis l’une des clés de la facilitation du séjour des résidents en EHPAD.