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Aux Quatre Jardins, à Saint-Etienne-de-St-Geoirs (Isère), une médiation culturelle a été mise en place. L’objectif était multiple : rendre les résidents artistes, mais surtout se servir de la culture comme un moyen de fédérer les équipes, d’impliquer les résidents et de s’ouvrir vers l’extérieur. Retour sur ce projet avec un éducateur spécialisé de l’établissement.

Faire entrer la culture en établissement

La culture comme médiation

Pour l’éducateur spécialisé, « l’accompagnement des résidents au quotidien étant primordial, il était important pour nous de trouver un média autre pour apporter un renouveau. L’accès à la culture nous est donc apparu comme un support intéressant à creuser du fait de son approche universelle, permettant à tous d’y trouver un regard personnel, unique, gommant ainsi la notion de situation de handicap, sans pour autant la mettre de côté. Les sorties culturelles à l’extérieur peuvent s’avérer difficiles à organiser. Nous souhaitions donc monter un projet autour de la culture sous toutes ses formes, pour qu’elle investisse l’établissement et les résidents. Elle devait être la pierre angulaire pour nous aider à mener à bien plusieurs objectifs que nous nous étions fixés : ouvrir l’établissement vers l’extérieur, développer des partenariats, impliquer les résidents, les professionnels et les différents acteurs locaux.  »

Pour y parvenir, Les Quatre Jardins ont collaboré avec l’association « Et pourquoi pas ? », qui intervient dans le domaine artistique. « Pour se mettre en situation, les résidents avaient le choix du support et du sujet. Guidés par deux artistes, un plasticien et un photographe, c’est la photo qui a été retenue comme média principal. Pour trouver le sujet, les artistes y sont allés à tâtons, proposant plusieurs activités : dessin, visionnage de court-métrages, théâtre…le temps aussi de faire connaissance avec les résidents et de cerner leurs envies. Nous avons beaucoup échangé lors de ces premiers ateliers. Cela a permis de dégager une thématique récurrente : les émotions. Qu’est-ce qui nous rend heureux, triste ou en colère ? Comment mettre des images, des mots, des couleurs sur ces émotions ? ».

Le groupe était constitué de huit résidents qui ont participé à presque toutes les séances pendant les six mois de rencontre. « C’est très rare de réussir à mobiliser autant les résidents, sur une si longue période, avec un sujet si abstrait. Et une véritable dynamique de groupe s’est installée. » précise l’éducateur.

Créer un espace qui appartient aux résidents pour favoriser l’expression

Au fur et à mesure, les séances se sont construites de la même façon, comme un rituel : un échauffement en dessin, le visionnage d’un court métrage, pour lancer les échanges. Puis venait le cœur de l’atelier. Le photographe travaillait individuellement avec chacun des participants, pour qu’ils puissent s’exprimer. Pendant ce temps, le reste du groupe réalisait des collages ou des dessins sur le thème des émotions pour préparer leurs photos à venir. Il était important que l’atelier soit une parenthèse au sein de l’institution : « en tant qu’éducateur, nous avons tendance à vouloir utiliser tout ce qui  est dit ou fait pour travailler les projet des personnes. Mais ce n’était pas le cas ici : tout ce qui se disait en atelier y restait pour préserver l’intimité des résidents. J’ai beaucoup appris sur leur histoire personnelle, mais je n’en parlais pas en dehors de l’atelier. Cela a permis de créer une atmosphère de confiance, pour que les résidents puissent s’exprimer sans crainte dans un espace qui leur appartient. » L’objectif était de créer un espace neutre, qui, même alors qu’il était au sein  de l’établissement, pouvait être un ailleurs. C’est aussi grâce à cela que l’atelier a eu du succès.

Pour faciliter le dialogue entre les artistes et les résidents, des professionnels de l’équipe éducative et soignante étaient invités à se joindre aux ateliers. Cela a permis de nouer une relation différente avec les résidents.

Preuve que la confiance a bien été établie, un rebondissement a eu lieu à la fin des ateliers : « une des participante n’a pas souhaité voir son travail exposé. Pourtant, elle est venue très régulièrement, et a apprécié ces moments de partage, explique l’éducateur. Cela nous a surpris et nous avons essayé de comprendre, sans pour autant la forcer. Son choix a été respecté. »

Une première production : Révélation

Révélation retrace ces six mois de rencontres et d’activités, à travers un livre et une exposition des photos des résidents : chacun en avait quatre, correspondant aux quatre émotions primaires : la joie, la tristesse, la peur et la colère.

« Nous tenions à accorder la primeur de l’exposition aux résidents. Les participants ont donc présenté leurs photos à leurs pairs, entourés des artistes et des familles. Ce fût un moment important pour eux, ils étaient très fiers. Nous avons prouvé que, même touché par un handicap, nous avons tous une part d’artiste en nous » note la direction.

S’ouvrir vers l’extérieur

L’exposition a ensuite été présentée aux différents partenaires de ce projet, ainsi qu’à la médiathèque de La Côte St André. « Le Maire de St Etienne de St Geoirs a vu l’exposition et en a été très touché. Il a été partie prenante du projet et a souhaité rendre l’exposition visible au plus grand nombre. » précise l’éducateur. Elle sera ainsi exposée dans plusieurs médiathèques du territoire. Elle a également été visible dans un festival de l’association « Et pourquoi pas ? », pendant laquelle les résidents étaient invités à expliquer leur démarche. Toutes ces représentations sont très positives pour les participants : « aller s’exposer ainsi au public est une chose difficile pour les résidents. Les notions de groupe et d’entraide ont contribué à dépasser certaines limites. »

Révélation est la première étape d’un projet culturel plus global : « Cela nous a servi d’impulsion pour d’autres projets. L’occasion nous a été donnée de rencontrer de nombreux partenaires et artistes. Sans ces derniers, tout projet est impossible. Les liens que nous tissons avec eux peuvent nous servir à construire autre chose. Par exemple, les artistes du collectif ‘Et pourquoi pas ?’ sont actuellement en résidence aux Quatre Jardins pour un nouveau projet en lien avec les résidents et d’autres acteurs de la ville. Le résultat de cette résidence sera présenté sous forme de grandes fresques, dont une sera affichée sur la façade de l’établissement. L’implication des artistes avec qui nous avons collaboré est primordiale ».

Le Foyer des Quatre Jardins s’est ouvert à l’extérieur et s’est positionné en tant que partenaire local important, comme le souligne la direction : « nous avons participé à de nombreuses actions culturelles, à l’extérieur mais aussi à l’intérieur de l’établissement. Nous avons par exemple été partie prenante du projet « les arts allumés », un festival artistique local qui nous a offert l’opportunité de voir l’envers du décor d’un concert en nous invitant à participer aux balances d’un groupe de musique. Nous avons aussi pu mettre à disposition du festival un espace pour qu’ils puissent créer une partie des décors du festival, cela en partenariat avec les résidents de l’établissement. Des ateliers artistiques, ouverts à tous, ont également pu être proposés. Ces actions ont permis de nous positionner différemment, de nous ouvrir vers l’extérieur, tout en faisant rentrer les gens à l’intérieur de l’établissement. »