Introduction par Roger-Pol Droit

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Avant tout, favoriser « la vie bonne »

Depuis un an déjà, dans le monde entier, l’existence est devenue plus rude. En particulier pour les plus fragiles, les plus vulnérables. Ainsi les personnes âgées et dépendantes ont-elles connu confinement, privation de visites, angoisse de contamination, interrogation à propos de la vaccination. Leurs familles, leurs proches, leurs amis ont souffert aussi – de l’éloignement, de l’inquiétude, de nombreuses disparations et deuils. Les responsables des établissements médico-sociaux, les personnels soignants, tous ceux qui œuvrent, au quotidien, à rendre meilleure la vie de leurs semblables, se sont vus pris dans une épreuve imprévue.

 

 Pourtant, la vie ne s’arrête pas. Certes, des habitudes ont dû se transformer, des comportements ont dû s’adapter. Mais ces changements ne doivent pas masquer tout ce qui demeure intact, et toujours présent, et qui requiert l’attention de nous tous. Qu’est-ce donc, ce qui n’a pas disparu, et qui s’impose même à nous plus que jamais ? Cette exigence majeure : permettre à chaque personne accompagnée de vivre une existence pleine. Quels que soient son âge, ses capacités, ses goûts, son caractère. Quelles que soient ses pathologies ou ses insuffisances, elle a droit à la vie bonne. Et il nous appartient de l’y aider.

  

Qu’appelle-t-on « vie bonne » ? Tout ce qui rend à la fois heureux et humain. Petits détails et grands principes, valeurs morales aussi bien que gestes minuscules. Se retrouvent, dans la « vie bonne », le bien-être, la sérénité physique et mentale, les plaisirs de la nourriture, les joies de la musique et des divertissements, les émotions de la poésie, le goût de la réflexion. En font également partie la chaleur des relations humaines, le respect de la dignité, les multiples moments de beauté, de bonté, d’amour, d’amitié, de partage, de présence. Le nombre d’années, de mois, ou de jours, qui restent à vivre n’y change rien. Ce qui compte, c’est l’instant, à chaque moment. Et, bien sûr, la succession des instants.

 

Quel rapport avec l’éthique ? Le lien est profond et puissant. Car une vie ne peut être vraiment « bonne » quand dominent le mépris, l’indifférence, l’inhumanité. L’éthique – entendue comme comportement, comme climat, comme pratique quotidienne et concrète – est indispensable à la vie bonne. Mieux encore : l’éthique organise et garantit cette vie bonne. Celle-ci doit demeurer l’objectif central de nos actions, même dans les pires moments, même dans les épreuves et les tempêtes.

  

C’est pourquoi, cette année, la réflexion éthique de Partage et Vie est centrée sur cette question de la « vie bonne », avec le concours et la participation active de toutes celles et ceux qui le veulent. Le choix de ce thème ne cherche pas à nous détourner de nos préoccupations envers la pandémie, la sécurité sanitaire et tout ce qu’elles exigent. Il s’agit de rappeler qu’au sein des moments difficiles toutes les finalités essentielles de l’existence ne sauraient être perdues de vue. Il nous appartient de les maintenir et de les concrétiser. Malgré tout.

Pour mieux agir, pour décider en connaissance de cause, il est indispensable de réfléchir ensemble, d’échanger nos expériences et nos points de vue et de poursuivre la démarche éthique engagée par Partage et Vie avec tous ses membres, en compagnie d’experts, médecins, psychologues et philosophes.