- 18/08/2026
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Solidarité face aux flammes
Deux EHPAD évacués, près de 160 résidents à reloger, des professionnels eux-mêmes touchés par les incendies… Pendant quinze jours, les équipes de Partage et Vie ont fait face à une situation exceptionnelle. Des établissements ont ouvert leurs portes, des salariés sont venus en renfort depuis toute la France et, en une nuit, un EHPAD d’une cinquantaine de places a été créé à la Polyclinique Bordeaux Nord Aquitaine. Ceux qui ont vécu cette mobilisation racontent ce qui s’est joué durant ces quinze jours hors normes.
Ordre d’évacuation : des équipes pleinement mobilisées
24 juillet. Depuis quelques jours les incendies progressent en Gironde, et les établissements de Lanton et Eysines sont à leur tour menacés. Une cellule de crise est mise en place dès le vendredi après-midi, pilotée par la direction générale, avec deux relais essentiels : Laurent Rousseau, directeur territorial Nouvelle Aquitaine Nord qui coordonne les équipes sur le terrain, et Mélanie Vinckier, directrice qualité, en lien avec l’ensemble des parties prenantes externes et veillant à la sécurité et à la qualité des pratiques et procédures d’urgence à mettre en place.
Quelques heures plus tard, Lanton est évacué. Le lendemain, c’est au tour d’Eysines. « À partir de là, il a fallu aller très vite, explique Mélanie Vinckier : trouver où accueillir les résidents, organiser les transferts, mobiliser des professionnels et anticiper tout ce dont ils auraient besoin. »
Près de quinze établissements de la Fondation (de Gironde, Creuse, Vienne, Dordogne, Gers, Lot-et-Garonne et Charente-Maritime) vont ouvrir leurs portes pour recevoir les résidents. En parallèle, l’Agence Régionale de SantéARS propose de mettre à disposition deux ailes inutilisées de la Polyclinique Bordeaux Nord Aquitaine (PBNA). « Nous nous sommes dit : “Banco, on prend aussi ces places à PBNA et on va construire un EHPAD”. Un défi quand on y repense. Les murs et les lits étaient là, mais tout le reste était à mettre en œuvre : apporter les médicaments, les chariots d’urgence, les protections, les draps, le linge de toilette, les ordinateurs, organiser la restauration et les prestations nécessaires au fonctionnement quotidien. »
La difficulté de la gestion de cette crise est d’autant plus grande que les professionnels des résidences évacuées sont eux-mêmes touchés par les incendies. Certains doivent s’occuper de leur propre situation familiale ou de leur logement. Il faut donc chercher des renforts bien au-delà des deux Établissement d'Hébergement pour Personnes Âgées DépendantesEHPAD concernés. Un appel à solidarité est lancé au sein de Partage et Vie. Immédiatement, des directeurs, Infirmier Diplômé d'État CoordinateurIDEC, soignants, agents techniques et fonctions support du siège (RH, finances, achats, informatique, direction des soins…) se mobilisent pour rejoindre les établissements accueillants ou gérer la logistique à distance. Dans l’urgence certains changent de casquette et deviennent chauffeurs ou manutentionnaires. « La directrice générale déléguée en charge des finances a pris le volant pour participer à l’évacuation de résidents vers le site d’Agen. En pleine nuit, le directeur des achats et de l’immobilier vient récupérer des ordinateurs au siège pour les convoyer à PBNA. Même les situations les plus inattendues trouvent une solution : deux chats d’une résidente sont accueillis chez un proche d’une salariée. Chacun a fait ce qui était nécessaire. » Des bénévoles et des professionnels externes viennent ensuite grossir les rangs.
Les maillons d’une même chaîne
Ludivine Leduc est Infirmier Diplômé d'État CoordinateurIDEC à la MAS Le Havre de Galadriel à Loos dans le Nord. Elle fait partie des collaborateurs qui sont venus prêter main-forte aux équipes.
« Je me suis engagée spontanément dès que j’ai reçu, le samedi, le mail de mon directeur appelant au renfort pour les établissements touchés par les incendies. J’ai vérifié que mon départ ne fragiliserait pas l’équipe, consulté mon conjoint, puis confirmé ma disponibilité. Le dimanche, j’ai préparé un lot de matériel listé par les personnes sur place, chargé le véhicule et, le lundi, je suis partie avec deux de mes collègues, aide-soignante et agent technique, en camion pour PBNA afin d’aider une équipe épuisée, mais soudée. Toute la semaine, nous avons dû nous adapter en permanence. Une pharmacie avait été touchée par les incendies, le linge devait être récupéré ailleurs, il fallait faire des courses, déplacer du matériel… Mais personne ne se plaignait. On riait avec les résidents, on cherchait des solutions, on avançait. Notre agent technique a parcouru près de 2 000 kilomètres en cumulé pour répondre à tous les besoins ! Ce que je retiens, c’est la force des liens créés en quelques jours. Nous continuons d’ailleurs d’échanger via les réseaux. Si c’était à refaire, j’y retournerais sans hésiter. Cette expérience a été exigeante, profondément humaine et, au fond, fidèle à l’âme de notre métier. »
Cindy Tournat vient tout juste de rejoindre Partage et Vie en tant que directrice de l’Établissement d'Hébergement pour Personnes Âgées DépendantesEHPAD L’Ermitage à Cherbourg lorsqu’elle se porte volontaire. « Mon équipe de direction était au complet. Je disposais d’une IDEC, d’une responsable cadre de vie, d’un médecin, d’une assistante. Les conditions étaient réunies pour que je m’engage. » Elle arrive à PBNA le mercredi. « Mon rôle, là-bas, c’était surtout d’être une courroie de transmission entre les équipes cadre de vie, les équipes de soins et l’encadrement. Il fallait faire circuler l’information, fédérer des collaborateurs issus de tous horizons, s’assurer que les résidents bénéficiaient d’un accompagnement de qualité malgré une situation totalement exceptionnelle. Le souvenir le plus fort reste celui du dernier jour. Il n’y avait plus de métiers sur le papier. Nous étions tous mobilisés pour organiser les départs dans les meilleures conditions possible. Certains rassuraient les résidents, d’autres vérifiaient que tous avaient bien leurs affaires. Je faisais partie de l’équipe de nettoyage des locaux. C’était très émouvant de voir cette énergie collective et cette solidarité à l’œuvre. Derrière les équipes sur le terrain, il ne faut pas oublier les nombreux « invisibles » qui coordonnaient et sécurisaient les opérations, comme Mélanie Vinckier dont l’action a été cruciale. Leur contribution a été essentielle. Et puis je pense aussi à mes équipes à Cherbourg. Mon absence, comme celle de tous ceux qui sont venus en renfort, a signifié que d’autres ont dû prendre le relais. Ce que je retiens de cette expérience, c’est que nous étions tous les maillons d’une même chaîne. Et cette chaîne a remarquablement fonctionné. »
La solidarité prend une autre forme dans les établissements qui accueillent des résidents évacués. Claudine Colotte reçoit à Sainte-Marthe (Dordogne) 14 personnes supplémentaires. En plein été, l’organisation doit être repensée rapidement. « La communauté de communes nous a prêté deux minibus, notre prestataire de restauration s’est adapté sans délai, notre chambre d’hôte et notre salle de sieste ont accueilli une infirmière et une élève aide-soignante. Le médecin de La Tour-Blanche a proposé un logement de plus et nous a soutenus tout au long de ces deux semaines. Mes équipes ont adapté leurs horaires. Chacun a fait preuve d’un engagement allant bien au-delà de ses missions habituelles. Notre récompense a été de sentir des résidents en confiance et heureux d’être avec nous malgré les circonstances. »
Prendre soin des résidents et des professionnels
Derrière toute cette organisation, un seul enjeu : permettre aux résidents de traverser cette crise dans les meilleures conditions possible. Comme l’explique Mélanie Vinckier : « Pour les personnes âgées, parfois atteintes de troubles cognitifs, changer de lieu de vie constitue une véritable épreuve, qui a été aggravée ici par la canicule et l’inquiétude liée aux incendies. Des professionnels des établissements évacués ont rejoint certains sites accueillants pour maintenir les repères. La communication a également été primordiale, avec des échanges constants entre les équipes pour assurer un accompagnement personnalisé. Nous avons aussi encouragé les familles à garder le lien par des visites ou des appels en visioconférence. Les psychologues se sont mobilisés pour prévenir tout syndrome de glissement. Ce soutien a été étendu aux professionnels eux-mêmes victimes de la catastrophe. Partage et Vie a mis en place une ligne d’écoute téléphonique dédiée, animée par les RH. Cette cellule offrait un soutien psychologique, mais orientait aussi vers des assistantes sociales en cas de difficultés matérielles. Il était essentiel de prendre soin de ceux qui étaient en première ligne. »
Les efforts ont porté leurs fruits. Laura Le Goff est la directrice des Baccharis de Lanton. Elle a été elle-même évacuée deux fois à titre personnel. « Les résidents se sont sentis bien accompagnés. L’attention portée aux familles a également joué un rôle important. Les équipes ont multiplié les échanges, partagé des photos sur Famileo, organisé des points réguliers et répondu aux inquiétudes. Nous avons reçu de très nombreux messages de remerciement des proches qui nous ont dit que ces informations leur avaient permis de traverser cette période avec davantage de sérénité. » Le retour à l’EHPAD restera, lui aussi, un moment fort. « Beaucoup de résidents étaient très émus de retrouver leur logement. Malgré la fatigue, les bouleversements engendrés par ces déplacements, ils ont progressivement retrouvé leurs repères. La reprise des activités, des séances de kinésithérapie et du quotidien de l’établissement contribue au retour à l’équilibre. Certains ont même créé de nouvelles habitudes au cours de cette parenthèse inattendue, nous nous y adaptons. Nous restons très attentifs à leur santé dans cette période post crise. Nous allons organiser prochainement un CVS élargi pour pouvoir échanger tous ensemble sur ces événements et faire un dernier bilan. »
Au siège, un retex est également prévu et sera partagé en heure du jeudi, sous le pilotage de Delphine Langlet, Laurent Rousseau et Mélanie Vinckier. « Si nous avons été investis et efficaces, nous avons aussi vu comment améliorer encore nos pratiques. »
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« Je remercie et félicite de tout mon cœur tous ceux qui de près ou de loin ont apporté leur soutien et leur aide dans ce contexte si particulier. Chaque appui a compté – d’où qu’il soit venu –, chaque pensée nous a fait ressentir la force de notre collectif. »
Delphine Langlet, directrice générale de Partage et Vie
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